Marc Perrone, André Minvielle: diaphonique

Perrone/Minvielle, deux bonhommes, un duo phonique. Cet accord duo réchauffe le coeur comme le chocolat ou le vin. Rencontre à l’occasion de leur concert aux 3 Arts, de deux monuments de la scène folk traditionnelle, accompagnés à la vielle à roue par la délicieuse Marie-Odile Chantran. Le menu s’annonce copieux.

Marc Perrone, une demi-douzaine de disques dans le rétro. Cueilleur de sons, souffleur d’airs ternaires, musicien du grand bal de la vie. Un turbin de première classe pour bambocheurs de la guinche. Et ça turbine sec. Grand popularisateur de l’accordéon diatonique. Connu en Italie sous le nom d’organetto, c’est un accordéon bi-sonore, chaque touche produisant deux notes différentes par opposition à l’accordéon chromatique dont les touches représentent toutes les notes de la gamme. Il en résulte un son plus authentique et mélancolique. Pour ceux qui s’intéressent à ce qu’il y avait avant René Aubry ou Yann Tiersen.

Evviva La Pappa! : Village de départ et quartier d’enfance ?

Marc Perrone: Mon village de départ c’est Gentilly. Mon quartier d’enfance c’est le Blanc-Mesnil dans la maison de mon Grand-père et la Courneuve.

ELP!: Parcours en 3 points ?

MP: De 0 à 20 ans, beaucoup de sport, j’étais lanceur de disques (déjà !). C’était ma passion, je commençais à jouer de la guitare et un peu d’accordéon. Ensuite, j’ai été embauché au Théâtre National d’Aubervilliers sous la direction de Gabriel Garran, je faisais de la guitare et de l’accordéon. Enfin, depuis l’âge de quarante ans avec l’accordéon, la danse et la musique traditionnelle.

ELP!: Plus grande émotion culinaire ?

MP: Ma mère était une artiste des saveurs. Elle faisait des blanquettes de veau délicieuses, la pastasciutta (pâtes à la sauce tomates. Il y avait un rituel pour mon anniversaire, un moka à la crème de café au beurre qu’elle me préparait spécialement.

ELP!: Quelle est votre ingrédient favori ?

MP: J’aime bien les tomates fraîchement cueillies. J’ai un ami qui en cultive différentes variétés. Au village de mon père je me souviens que mes tantes me faisait tourner la manivelle pour faire le coulis. J’aime également les tomates séchées.

ELP!: Lieu de restauration préféré ?

MP: A la maison avec des gens que j’aime bien.

ELP!: Votre cuisine préférée ?

MP: J’ai voyagé en Chine, en Inde mais en terme d’élaboration la cuisine française est insuperabile !

ELP!: Avec qui aimeriez-vous partager un repas ?

MP: Un tas de gens ! En tout cas des gens que j’aime bien et qui m’aime bien. André Minvielle qui joue avec moi ce soir, Marie-Odile Chantran… La table, c’est un moment exceptionnel. Ca me rappelle une anecdote lors d’une tournée en Amérique du Nord au Festival de Québec où on a retrouvé deux grands amis italiens, Riccardo Tesi, accordéoniste diatonique et Alberto Balìa, guitariste sarde. Il y avait une party avec un barbecue et des buffets avec plein de choses à picorer,  et Alberto qui était un homme de bon sens, n’en pouvait plus: « Com’è possibile, per mangiare ci vuole una tavola ! ». Il avait emmené une valise avec des pâtes, des tomates et il nous a réuni autour d’une table ! Plaisir de bien manger et plaisir d’être ensemble.

ELP!: Vous préférez Café au lait de Tony Murena ou Bevette più latte de Nino Rota ?

MP: Je connais les deux, je les aime bien. Allez, Tony Murena !

ELP!: Quels ont été vos premiers compagnons d’accordéon ?

MP: J’ai eu toute une période folk et ensuite j’ai rencontré Jo Privat d’abord, puis Marcel Azzola en 1977, il m’a introduit dans le monde de l’accordéon chromatique. J’avais un accordéon en bois construit par Ardigò Guerrini, un formidable vieux Monsieur,  qui m’avait promis de fabriquer un accordéon à trois rangées mais il est décédé entre-temps. Le constructeur d’anches, Vinci, m’a emmené voir la famille Castagnari. On a passé une journée à les convaincre de relancer la production d’accordéons diatoniques et depuis ils ne font que ça.  C’était le 5 décembre 1979.

ELP!: Le film la Trace réunissait Marcel Azzola, Nicola Piovani et vous. Parlez-nous de cette aventure.

MP: Ce fut mon premier et dernier grand rôle au cinéma (rires). Bernard Favre m’a rencontré, il a entendu ma musique, ça convenait tout-à-fait à son projet. Il m’a entendu parler dialecte et italien et m’a dit que j’étais le personnage du calabrais. Je connaissais Marcel depuis cinq ans, on est très ami. Piovani, je l’ai rencontré pour l’occasion et ça a roulé.

ELP!: Comment est née la mélodie des Valcerves du film Un dimanche à la campagne de Bertrand Tavernier ?

MP: J’ai pris la première syllabe du nom du village de ma mère: Vallerontonda (région du Latium près de Cassino) et la première syllabe du nom du village de mon père: Cervaro (à 15 kilomètres de là) et ça donné Valcerves. J’ai fait beaucoup de collectage chez des vieilles musiciennes et musiciens dans le sud-ouest de la France. Un soir, dans une école il y a eu une panne d’électricité et la mélodie m’est venu comme ça en pianotant.

MarcPerronevuparBernard Lubat

www.riccardotesi.com

myspace.com/albertobalia

www.castagnari.com

Fortiche en mots. En mise en mots. As des schismes verbaux, fragmenteur linguistique ou menteur en flag ? Il tire la langue mélodico-rythmique. Chercheur en prosodie, les modulations du langage oral, en renvoyant le sens dans le décor.  Minvielle à roue tourne autour du pot, il flip flope.

Minvielle met des mots en musique. Sans bling bling, ni chromes à tics. En particulier des mots sur l’accordéon. En particulier des mots sur les musique de cet immense mélodiste qu’est Marc Perrone. Une voix d’homme.

Tiré de la musique de Perrone du film de Jean renoir, Tire-au-flanc. Comm’ va la vie, dame, va la vie d’homme. Voyez-vous balancer l’atome. Dit la vie d’homme, va la vie d’âme. Une mélodie de Perrone à Paname.

André Minvielle n’aime pas les magrets fumés. Il est arrivé comme le ballon de rugby, avec un faux rebond. Pour ceux qui s’intéressent à ce qu’il y a après des artistes comme Bernard Lubat ou Claude Nougaro.

Evviva La Pappa! : Village de départ et quartier d’enfance ?

André Minvielle: Mon village de départ s’appelle Pau et mon quartier d’enfance c’est le centre-ville de Pau. C’est pour ça que j’ai beaucoup tourné autour (rires) !

ELP!: Parcours en 3 points ?

AM: Des chants polyphoniques béarnais, Vinicius de Morales-João Gilberto et la Compagnie Lubat. Après ça fait Minvielle à la roue… en roue libre !

ELP!: Plus grande émotion culinaire ?

AM: Le soufflé au fromage de ma maman ou alors un bar  au gros sel  au Portugal au bord de la mer avec mon amoureuse, c’était magnifique.

ELP!: Quelle recette aimez-vous le plus réaliser ?

AM: Truite, magret de canard, aiguillettes, tout autour du canard. La pintade aussi depuis quelques années. Plein de choses.

ELP!: Quelle est votre ingrédient favori ?

AM: Alors là je sèche… peut-être la seiche alors (rires) !

ELP!: Lieu de restauration préféré ?

AM: Un petit restaurant dans le sud-est de la Corse sur le bord d’un lac où on fait du poisson grillé nature sans rien dedans.

ELP!: Votre cuisine préférée ?

AM: La cuisine française.

ELP!: Avec qui aimeriez-vous partager un repas ?

AM: Avec mon amoureuse.

ELP!: Vous préférez La belle bouchère de Ricet Barrier ou Pan, pan, pan,  poireaux, pomm’ de terre de Maurice Chevalier & Boris Vian ?

BC: Ricet Barrier ! J’aime aussi Vian mais je mets de côté Chevalier.

ELP!: Il vaut mieux déjeuner avec Léautaud que dîner avec Léotard. Pierre Desproges.

AM: Je suis complètement d’accord !

ELP!: Des mots sur le petit dernier, Suivez Minvielle… if you can.

AM: Je traduis: il fout l’camp car j’aime le nomadisme et il fout l’camp c’est peut-être le mettre. Avec Marco, nous sommes des artistes. Vive la déterritorialisation française !

ELP!: D’où provient cette culture commune de la langue avec Nougaro, Lubat, Castan, Sicre...?

AM: Cyrano de Bergerac, il y a l’océan, il y a un parler que décrivait Montaigne, un parler particulier. Il y a du chant et ce n’est pas un hasard si l’Opéra est à Toulouse. A Marseille, c’est l’opérette (Moussu T prépare un disque sur l’opérette marseillaise, NDR). C’est les voix, c’est l’éloquence.

ELP!: Et les langues dialectales ?

AM: Elles nous emmènent leur dimension par les troubadours. Une dimension universelle et incroyablement forte dans notre inconscient.

ELP!: Si vous vous décriviez dans un des éléments: eau, terre, mer, feu, quel serait-il ?

AM: Ca me fait penser à une histoire de mon grand-père (qu’il racontera plus tard lors du concert). La terre. Le marcheur de Giacometti, si il s’arrête de marcher, il tombe. Il amène un gros bloc de terre sous ses pieds fragiles. C’est la terre mon vieux. Allô la terre (rires) ?!

Flambée montalbanaise, le classique de Gus Viseur mis en bouche par André Minvielle.

J’écoutais Montalbanaise, une envolée de braises, noyé, je m’eau de vie-gueur, Viseur au coeur, liqueur soeur.

Indifférence, le classique de Tony Murena (immigré parmesan avec ses parents pendant l’entre-deux guerre à Nogent-sur-Marne, s’illustrant dans l’accordéon musette, tango et swing et cousin de Louis Ferrari et son classique Domino) également mis génialement en mots par André Minvielle avec Bernard Lubat.

www.marcperrone.net

www.andreminvielle.com

Remerciements: Marie-Odile Chantran.

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