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Paris Audiard, Paris Hédiard

Michel Audiard aurait eu 92 ans aujourd’hui.
« Quand un type comme ça se retire, y’a pas de place à prendre, c’est la fin d’une époque. »
Sang et lumière, 1953

111 films comme dialoguiste, 9 comme réalisateur.

« … et si le vin est bon, on mettra peut-être à exécution notre vieux projet, aller à Charleville fleurir la tombe de la mère Rimbaud maltraitée par l’Histoire, pour lui rendre compte des méfaits de son fils Arthur. » Jean Carmet

« Carmet au cinéma comme dans la vie ça a toujours été un porteur de bidon. Au cinéma on appelle ça servir la soupe. »

« J’suis pas le type à m’embarquer à la guerre sans biscuits. » Michel Audiard

Un Dieu pour une époque de jactance éternelle.

Les textes ne prennent leur saveur qu’une fois mis en bouche, dans les becs de Gabin, Blier, Ventura, Girardot, Pousse, Dalban,  Belmondo, Blanche, Aznavour…

– Qu’est-ce qu’on fait ?

– Je crois que j’ai encore une chance d’attrapper le dernier train, moi.
– Ah oui j’oubliais, Maison-Laffite, le petit coin de terre grâce à la chlorophylle, la rémission des péchés. Va vite prendre ton train Valois, va vite.
– Quoi, t’as tellement envie de venir, hein ? Bon ben comme j’ai envie de t’emmener c’est pas la peine qu’on s’engueule. Allez viens.
– Taxi !
– Avant de prendre un taxi, si on trouvait un bistro ouvert ?
– Ah pour trouver un bistro ouvert on trouvera un bistro ouvert.
– Attends je vais…
– Donnez-moi un autre café. Crème celui-là.
– Ces messieurs-dame ce sera ?
– Qu’est-ce que tu veux ?
– Un double Pernod-rhum…, et ben c’est simple, deux Pernod dans un grand verre, vous ajoutez deux rhums.
– La même chose.
– Pourquoi tu bois avec moi ? Pour obtenir des confidences. Comme on dit chez toi, pour faire parler. C’est comme ça.
– Pourquoi tu dis des bêtises…, ben qu’est-ce que t’as ?
– Rien…, un coup de pompe. Et avec ça je suis dégoutante. Je vais me laver les mains. Tu permets ?
– Ca doit remonter ce truc-là. On n’en sert pas souvent. Ici ce serait plutôt une clientèle à café au lait. Des gens qui sont en avance ou ceux qui manqué le train à Montparnasse, ou bien des représentants. C’est quand même plus gai qu’une chambre d’hôtel.
– Sûrement, surtout que vous êtes-là.
– Ces messieurs, ce sera ?
– Trois bières.
– Pression ?
– Brune pour moi, en petite bouteille.
– Moi aussi, en petite bouteille, mais blonde.
(musique jazz forte)
– Dis-donc ça à l’air d’aller mieux toi ?
– La fatigue tu sais, ça vient, ça va. Ca t’arrive jamais ?
– Si, mais ça s’arrange pas en m’lavant les mains. Ah, décidément tu vois, cette nuit il y a pas qu’le train qu’on a loupé.
– Pourquoi tu me juges ?
– Et toi, pourquoi tu t’empoisonnes ?
– Tu penses que si j’arrêtais ça tu me ferais et je rêve mais ça n’arrivera jamais. Tu as vu chez Valentine ce soir tu as vu ce que ça donne idiote, la risible mais avec le poison comme tu dis tout s’arrange la musique plein la tête mais j’ai du talent, du talent Valois, est-ce que tu comprends !
Je sais que je triche nous trichons tous, toi le premier. Je t’ai demandé tout-à-l’heure pourquoi tu te saoûles avec moi, parce que tu m’aimes, ton enquête tu t’en fou, seulement ça te permet de me retrouver et d’être avec moi c’est agréable une petite suspecte qu’on peut déshabiller seulement à partir de là il n’y a plus d’affaire Simoni, plus d’enquête. Il n’y a que toi et moi !
– Ben il n’y a que toi parce que moi je me tire. T’es bien gentille mais tu me fatigues. Depuis que t’as été faire aux toilettes. Depuis que t’es remontée t’arrêtes pas de rouler. Alors entre les questions, les pourquoi les parce et puis ton jazz band. J’ai la tête comme ça. J’en ai ras-le-bol. Maintenant tu peux continuer ton p’tit bidule mais toute seule. Tu peux même continuer à t’en enfiler plein le pif puisque ça t’amuse. Tu peux continuer à croire que t’es une grande chanteuse et même une négresse, on n’en est plus à ça près. Parce que moi en définitive moi je vais te le dire ce que t’es. Une siphonnée.
– Valois !
– Y en a plus de Valois, il rentre chez lui à Maison, parce qu’avec toi, ça sera une autre direction. Charenton.
Le Désordre et la nuit, 1958

– Sort le champagne ! Ce monde-là ne fonctionne pas au Beaujolais.
Le Baron de l’écluse, 1959

– On est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis.
Le Président, 1961

– Y suffit de mettre un gigot au four pour voir s’amener les emmerdeurs.
Le Cave se rebiffe, 1961

– Le week-end en famille est une tradition plus tenace que la poule au pot.
Les Lions sont lâchés, 1961

– Dis-toi bien qu’si quelque chose devait m’manquer, ce serait plus l’vin, ce serait l’ivresse…
– Une paella sans coquillages, c’est un gigot sans ail, un escroc sans rosette.
Un singe en hiver, 1962

– D’habitude avec les nanas, je dépasse jamais le diabolo-menthe ou le jus de fruit. Mais avec vous, le champagne s’impose ! Et millésimé !
Des Pissenlits par la racine, 1963

– Mais dis donc, on n’est quand même pas venus pour beurrer les sandwichs !
Les Tontons flingueurs, 1963

– Je croyais que c’était juste un casse-croûte. Mais maintenant monsieur becte à la carte.
100.000 dollars au soleil, 1963

– Sans être franchement malhonnête, au premier abord, comme ça, il… a l’air assez curieux.
– Il date du Mexicain, du temps des grandes heures, seulement on a dû arrêter la fabrication, y’a des clients qui devenaient aveugles. Alors, ça faisait des histoires !
– Faut r’connaître… c’est du c’est du brutal!
– Vous avez raison c’est du curieux !
– J’ai connu une Polonaise qu’en prenais au petit déjeuner…, faut quand même admettre, c’est plutôt une boisson d’homme !
– Tu sais pas ce qu’il me rappelle, cet espèce de drôlerie qu’on buvait dans une petite tôle de Biên Hoa pas très loin de Saigon…, les volets rouges…, et
la taulière, une blonde comme ac…, comment qu’elle s’appelait déjà?
– Lulu la Nantaise !
– T’as connu ?
– J’y trouve un goût de pomme.
– Y en a !
Les Tontons Flingueurs, 1963

– Ah, parce que le p’tit hôtel-restaurant, t’appelle ça l’indépendance, toi ! Alors, j’vais t’dire quelque chose: J’me suis pas tapé cinq piges de placard
pour venir piquer thune par thune l’oseille des congés payés.
Mélodie en sous-sol, 1963

– Je croyais que c’était juste un casse-croûte. Mais maintenant monsieur becte à la carte.
Cent mille dollars au soleil, 1964

– J’ai des envies d’voyages… l’Océanie, Bora-Bora, les vahinés… Tu connais ?
– Pourquoi ? Tu veux m’emmener ?
– On n’emmène pas des saucisses quand on va à Francfort.
– Tu pourrais dire « Une rose quand on va sur la Loire », …question d’termes.
Le Pacha, 1968

– Et qu’ça saute, je veux de la blonde fraîche et sans mousse.
Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, 1968

Situé dans la proche banlieue c’est-à-dire pas trop loin du supermarché et quand même suffisamment éloigné de la ville tentaculaire.
Une veuve en or, 1969

– Ah ! Le mousseux s’imposait. A la santé du capitaine.
– A la santé du bâteau.
– On les bouge pas souvent hein, c’est du bon.
– Ah oui, ça doit pas être sale.
– Donnez-moi un rhum.
– Vous n’aimez pas le mousseux ?
– Excusez-moi cher Monsieur, mais sauf sur les  vapeurs croisant au large d’Agadir ou d’Capri, le mousseux n’est pas une boisson spécifiquement marine. (…) Qu’est-ce que c’est qu’ça ?
– Beh, du rhum.
– Le rhum s’achète à Kingston, chère Madame. Je sais qu’il en existe à Cuba et même aux Antilles, mais il s’agit-là d’un genre de piège qui ne fonctionne pas avec moi.
– Dis-donc Camille, il vient d’où ton rhum ?
– Beh, Bercy.
– Excusez-nous.

Version inédite:

– Ah ! Le mousseux s’imposait. A la santé du capitaine.
– A la santé du bâteau.
– On les bouge pas souvent hein, c’est du bon.
– Ah oui, ça doit pas être sale.
– Donnez-moi un verre d’eau.
– Minérale ?
– Municipale .
– Je vous préviens, elle est française.
– Aucune importance.
Le drapeau noir flotte sur la marmite, 1971

– Téléphonez-moi, plutôt ce soir. On se fera une petite croque.
Elle cause plus… elle flingue, 1972

– A moins que mademoiselle ait envie d’autre chose, mademoiselle devra se contenter de foie gras des Landes et de poulet froid. Mais si je fait un saut chez Maxim’, je peux rapporter le plat du jour: Daguet à la Royale.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Qu’est-ce ça peut te foutre !
– C’est un émincé de chevreuil pris dans le cuisseau convenablement bardé, doré à feu ardent, rôti à feu moyen, accompagné d’une marinade préalablement passée, puis relevé au genièvre, au Porto et à la sauce poivrade. Le tout servi dans une purée de chataigne ou nappé de gelée de myrtilles selon les goûts.
– Ca doit pas être toc ?
– C’est amusant.
– Ouais, ben moi j’ai pas envie de m’amuser. Je suis noué par les horreurs. A chaque fois qu’il se pointe c’est le roi Lear, l’hécatombe en tout genre. Ah, pour une jeune femme c’est d’un gai. Nous mangerons froid.
– Bien mademoiselle.
– T’as dis nous ? Qui ça nous ? Ton espiègle et toi vous espérez quand même pas me faire le coup de Barbizon hein ?
– Oh, ce que tu peux être raclette !
– Ah, excuse-moi mais c’est des repas dont on se souvient, hein ? Déjeuner en tête-à-tête et je me suis retrouvé à Cochin aux urgences pour un lavage d’estomac. Qu’est-ce qu’on a retrouvé dans mes vicères ? De l’acide prussique, un beurre !
– Tu fabules, tu romances !
Elle cause plus… elle flingue, 1972

– Téléphonez-moi, plutôt ce soir. On se fera une petite croque.
Elle cause plus… elle flingue, 1972

– Je cafarde pas, je mélancolise.
– C’est pareil.
– Oh non, c’est la même différence qu’entre l’ivresse et la cuite.
L’Animal, 1977

Faubourgs Audiard ou Paris Hédiard ? Pour moi, les deux.
Thierry Marx, enfant d’une cité de Ménilmontant et chef Une très bonne table dans sa catégorie Une très bonne table dans sa catégorie du Mandarin Oriental est parti de l’un pour arriver à l’autre et s’implique dans les deux.
Parigi non è più Parigi ? Non Thomas Dutronc, il n’est pas fini le Paris d’Audiard.

Paris, quand tu es debout, moi je t’aime encore…

Pas de bégonia pour le cave.

Un grand rhétoricien. On n’a jamais fait mieux et on ne fera jamais mieux.

www.michelaudiard.com


Fricassée alsaCnn

Les américains en ont gros sur le muffin de devoir attendre la fin de l’année et leurs élections présidentielles. Alors pour rester accros aux épices des salades politicardes, ils s’intéressent à la french politics.
En guise d’amuse-gueule vinaigré, CNN a concocté un sujet reliant l’art oratoire et l’art de bouche, en rentrant dans le chou des aspirants français à
la magistrature suprême.

Voici la recette de la quiche lorraine appliquée aux présidentielles françaises par Jim Bittermann.
Nicolas Sarkozy est transposé en milieu maraîcher. C’est l’oignon qui fait pleurer, à cause de ses mesures de restrictions.
François Hollande figure les lardons car son programme engraisse les programmes sociaux et les fonctionnaires.
François Bayrou représente le gruyère râpé qui se répand partout. Il y bon le frrouwoumaaage.
Marine Le Pen représente elle, le piment. Il a peut-être échappé à nos amis américains que la recette lorraine n’emploie pas ce lance-flamme bucal. C’est râpé dear friend !

Néanmoins le parangon politico-culinaire est délectable. Et un bel éclairage sur un des fleurons du terroir gaulois.
C’est pas dégoulasse comme casse-croute, no ?

C’est le coeur au bord des lèvres, Captain !

Cette petite fricassée AlsaCnn et lorraine s’accorde parfaitement avec un diet Sprite.

Well done Jimmy !


Rapide asperge, 1997


Fast’ huître, 1997